Byen bonswa,

Ce mee­ting n’était pas prévu : nous avons pris la déci­sion à 11H00. Nous tenions à ce mee­ting pour faire le bilan de cette jour­née. Faute de quoi, nous ne sau­rons pas quoi faire demain…

C’est vrai qu’il n’y a pas eu de grève géné­rale totale. Mais qu’ils le veuillent ou non, il y a eu une grève géné­rale en Gua­de­loupe ce mardi 24 novem­bre.

Et nous pou­vons être satis­faits de cette jour­née, mal­gré la pres­sion qu’ils ont exercé sur cer­tains, mal­gré la pré­sence des man­blos (for­ces de répres­sion) : nous pou­vons quand même être fiers de nous, fiers de notre mobi­li­sa­tion.

Et cela, nous le disons avec force, car nous ne croyons pas que dans quel­que autre pays, où les tra­vailleurs lut­te­raient depuis le 20 jan­vier, où les grè­ves dure­raient autant, il y aurait une telle mobi­li­sa­tion. Et notons qu’ils ont oublié une chose : de don­ner les sta­tis­ti­ques comme ils savent si sou­vent le faire. Parce qu’ils savaient que cel­les-ci leur seraient défa­vo­ra­bles.

Nous avons à être fiers de nous, mais aussi à con­vain­cre les autres pour que demain nous soyons plus nom­breux ; car c’est l’ave­nir qui se joue.

(…)

Donc, cama­ra­des, on ne fait pas grève par plai­sir, mais la grève est néces­saire. Car nous avons en face des for­ces qui nous ont déclaré la guerre. Con­trai­re­ment à eux, nous n’avons pas d’armes : mili­tai­re­ment nous ne les gagne­rons pas. Mais notre force c’est de leur répon­dre coup pour coup à par­tir de la force que nous repré­sen­tons dans les entre­pri­ses. C’est-à-dire notre capa­cité à blo­quer et à para­ly­ser un pays.

Nous avons déjà fait la démons­tra­tion que nous pou­vons le faire. Il nous fau­dra le faire encore plus dans les jours et mois à venir. Parce que c’est la seule façon de les bat­tre : par la mobi­li­sa­tion et la grève totale. Nous disons que nous leur avons donné deux ren­dez-vous. Nous avons aujourd’hui fran­chi un palier, et demain nous nous devons de fran­chir le second.

Et là, je dois dire deux mots sur la décla­ra­tion de Willy ANGELE (pré­si­dent du MEDEF Gua­de­loupe) affir­mant que les Tours Opé­ra­teurs avaient annulé des séjours vers la Gua­de­loupe en rai­son des deux jours de grève. Mais posons-lui la ques­tion de savoir où ces tou­ris­tes pou­vaient bien loger puis­que tous les hôtels de Gua­de­loupe sont rem­plis de man­blos. C’est cela la vérité : il man­que des pla­ces aujourd’hui dans les hôtels, car ceux-ci sont occu­pés par les man­bos ! Il est donc nor­mal qu’ils aient annulé ces vols de tou­ris­tes, car l’Etat déve­loppe une nou­velle forme de tou­risme : des tou­ris­tes munis de fusils FAMAS et de matra­ques pour mater les nègres ! Et là, nous disons que nous n’avons peur de qui­con­que ; même si le pré­fet a fait sa grande décla­ra­tion (ma mis­sion pre­mière est d’assu­rer l’ordre public).

Au LKP nous avons fran­chi un palier : nous avons pris l’enga­ge­ment et le ser­ment de lut­ter ; mais de lut­ter pour aller jusqu’à la vic­toire. Nou pa pati pou jouwé. Il est impor­tant de com­pren­dre les rai­sons pour les­quel­les nous disons cela.

Nous avons tiré les leçons de tou­tes les lut­tes menées. Les leçons de la grève de 1910, lors­que des Gua­de­lou­péens ont été fusillé. Les leçons de la grève de février 1952, lors­que des tra­vailleurs ont été assas­si­nés. Et cel­les de Mai 1967

Aujourd’hui, deux cama­ra­des ont perdu la vie lors de la grève du LKP : Jac­ques BINO et Stee­ven FIS­TON. Deux cama­ra­des qui ont perdu la vie et c’est eux qui nous don­nent la force de con­ti­nuer la lutte. Et pas de cama­ra­des en pri­son.

Parce que sur la pla­nète, au moment où nous met­tions en place le LKP, sans même savoir alors que ce mou­ve­ment pren­drait ce nom, il y avait des révol­tes notam­ment en Egypte, en Haïti, au Ban­gla­desh… con­tre la famine. Et durant notre grève, il ya a eu des révol­tes à Mada­gas­car, en Thaï­lande, et un début de révolte en Gui­née, là où le dénommé CAMARA com­met des mas­sa­cres.

Et c’est cela notre force : nous l’avons démon­tré ce matin. Nous ne som­mes pas tom­bés dans leur piège…

Alors s’il nous fal­lait faire une com­pa­rai­son : tout le monde parle aujourd’hui de la future Coupe du Monde de foot­ball en Afri­que du Sud… Mais si les gou­ver­ne­ments de L’ANC ne s’étaient pas bat­tus con­tre un gou­ver­ne­ment cyni­que, con­tre un pou­voir cyni­que. Un gou­ver­ne­ment sou­tenu par des gran­des puis­san­ces,…, il n’y aurait pas de coupe du monde aujourd’hui ! Si les cama­ra­des de L’ANC (sans même par­ler de Man­dela qui était empri­sonné), si les mil­liers de jeu­nes qui ont perdu la vie, si les mil­liers de tra­vailleurs qui ont laissé la vie dans les ghet­tos de Soweto, y com­pris aussi dans les com­bats inter-eth­ni­ques (car il y avait aussi des pro afri­ka­ners au sein des dif­fé­ren­tes eth­nies), s’ils s’étaient arrê­tés en che­min… : Aujourd’hui, il n’y aurait pas de coupe du monde en Afri­que du Sud.

Et donc, cama­ra­des, nous som­mes sur la même lignée. Si nous vou­lons en finir avec la pwo­fi­ta­syon, nous ne devons pas ces­ser de lut­ter et nous devons aller de l’avant !

Et c’est pour cela que nous disons cama­ra­des, que nous n’avons pas le choix si nous vou­lons que les cho­ses chan­gent. Elie (Domota) me disait à l’ins­tant que RCI (Radio Caraï­bes Inter­na­tio­nal) l’avait appelé pour l’infor­mer que LUREL (pré­si­dent du Con­seil régio­nal de Gua­de­loupe) avait publié un com­mu­ni­qué affir­mant que c’est grâce à son inter­ven­tion que le Sénat était revenu sur la déci­sion ini­tiale de l’Etat mino­rant le revenu sup­plé­men­taire tem­po­raire d’acti­vité (RSTA) de la prime pour l’emploi (PPE). (1)

Nous rap­pe­lons - inter­net sert aussi à cela – que dès début mars, nous avons affirmé que le RSTA est une con­quête de la lutte, et ne figu­rait pas au pro­gramme du gou­ver­ne­ment. Et l’arti­cle 6 du pro­to­cole de l’accord Jac­ques BINO, dis­tin­gue le RSTA du RSA. Mais nous avons aussi affirmé que la prime pour l’emploi à ver­ser durant ces trois années (durant les­quel­les l’Etat pren­drait en charge 100 euros d’aug­men­ta­tion de salai­res) ne serait pas prise en compte, ne serait pas sup­pri­mée du fait du gain des 200 euros d’aug­men­ta­tion des salai­res. Alors, de grâce, Mon­sieur, LUREL, ne reven­di­quez que ce que vous avez fait. Et comme vous n’avez pas fait grand chose, ne reven­di­quez pas la vic­toire du LKP : Sé tan­nou… Apa taw !

Cama­ra­des, nous devons donc con­ti­nuer la lutte ! Petit à petit, maille après maille, nous gagnons ! Et nous allons encore gagner sur les con­trats aidés demain à 17H00 à la pré­fec­ture (réu­nion du LKP avec la mis­sion inter­mi­nis­té­rielle sur les con­trats aidés dépê­chée en Gua­de­loupe) !

Ansanm nou ké lité, Ansanm nou ké gan­nyé !

A demain !

Jean - Marie Nomer­tin,
Mee­ting LKP
Pointe à Pitre le mardi 24 novem­bre 2009


(1) Evo­quant “un malen­tendu”, le minis­tre du bud­get Eric Woerth a déposé un amen­de­ment “sup­pri­mant l’impu­ta­tion totale du RSTA sur la PPE” et “exo­né­rant d’impôt sur le revenu les pri­mes ver­sées pen­dant un an, en com­plé­ment du RSTA, par les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­ria­les de Gua­de­loupe et Mar­ti­ni­que”. E. Woerth a sou­li­gné que lors­que le RSTA sera rem­placé par le RSA (revenu de soli­da­rité active) outre-mer, le régime fis­cal du RSA “sera évi­dem­ment inchangé” : le RSA s’impu­tera donc sur la PPE, comme en France.